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Dans quelques pays sérieux qu’il ferait bon de s’aventurer, il n’est pas sans savoir que, en dépit de toutes turpitudes traversant pareil territoire, la gastronomie locale demeure inégalable.

De l’univers gastronomique haïtien, nombre de mets s’érigent. Ces plats, pour la plupart des fritures, obtiennent de plus en plus une non-valorisation de la part de bon nombre d’Haïtiens.

Sur les réseaux sociaux, il est plutôt vendu des mets typiquement étrangers.

Scrutant plusieurs publications, partout et ailleurs sur le Net, force est de constater que, dans plusieurs de nos cérémonies nuptiales célébrées, bien que dans des salles de réception haïtiennes, nous délaissons notre Lambi et notre Tasso de cabri, de bœuf, pour faire place aux pâtes italiennes.

Une cérémonie haïtienne célébrée à l’italienne.

A contrario, à aucun moment, des jeunes mariés italiens ne substitueraient leur ossobuco ou leur ravioli, encore moins leur Pizza, des plats traditionnels de leur pays d’origine, par des pate kòde et des acras de morue encore moins des ti pate a sòs à l’occasion du plus beau jour de leur vie.

Qui n’aimerait pas s’aventurer dans un Burger Week, Pizza Week ou plus encore le fameux à la mode Taco mania ?

Le week-end arrivé. Statuts WhatsApp et Instagram enflammés. C’est la fête des mets étrangers.

Qu’est-ce qui serait à la base de ce rejet de soi ? Se pourrait-il que nous sous-estimions nos valeurs culturelles ?

Jacqueline, âgée de 16 ans, habite à Morne Hercule. Elle rapporte que, à son école située dans les environs du Parc Sainte Thérèse, faire montre de sa capacité à s’offrir un simple Burger s’avère être quelque chose de spectaculaire.

Gens de la classe aisée que sa famille puisse être, elle ne se voit pas atterrir un jour dans une assiette de ti pate a sòs telle une nourriture réservée à une autre classe, selon la jeune écolière.

Julien, étudiant à l’Université d’État d’Haïti, particulièrement à l’INAGHEI, se sentirait, lui et sa bande, frappé par tous les maux du monde si, pour une quelconque raison, Man Sage, par devant la barrière de la Faculté des Sciences Humaines (FASCH), n’ouvre pas son habituelle barque à fritures.

Pour cet étudiant en administration publique, point de gêne lorsque, plus de 400 gourdes déjà dépensées soit un minimum pour leur éventuel achat de ti pate, il s’assoit à même le sol pour savourer un plat de ti pate a sòs et parfois batifoler avec ses pairs tenant le bol en main telle une manifestation de joie la plus complète.

Ceci dit, est-il vrai de dire que le phénomène de rejet de certains plats locaux est du à une question de classe ?

Toujours selon Julien, le problème en soi n’a guère été une question de classe. Fort souvent, les gens prétendent se procurer ces plats étrangers, le plus souvent expansifs, dans l’unique but de pratiquer le m’as-tu-vu.

Il en résulte plutôt d’un problème d’estime. Parfois, ces gens sont allergiques à ces plats. Mais, tellement est énorme leur niveau de complexité, ils s’en foutent carrément et cherchent même la meilleure position pour se prendre en photo avec leurs burgers, pizzas et autres mets étrangers de renom.

Par ailleurs, Walter Innocent Junior, auteur culinaire haïtien, parle de piège occidental. Nous croyons que tout ce qui vient de l’Europe et de l’Amérique blanche est mieux que ce que l’Afrique noire et Haïti ont à offrir.

Walter, pour démontrer ses dires, remonte à une période assez lointaine de notre histoire. Celle où les chaussures fabriquées en Haïti (soulye peyi) étaient tournées en dérision par la population, et les chaussures importées (soulye etranje) étaient reçues avec adoration et louange.

De cet état de fait, il est à demander quelles sont les solutions les plus adéquates pour pallier ce phénomène ?

La chose reste toutefois un sujet perplexe pour bon nombre d’observateurs.

Ce qui est clair, entre les fritures étalées dans un grand plateau et le bruit retentissant à chaque fois qu’on jette un ti pate dans la chaudière, on ne sait pas ce qu’il y a de plus beau, mais c’est l’un des petits plaisirs haïtiens qu’on peut s’offrir de temps à autre.

NB : Jacqueline est un nom d’emprunt.


-Rédigé par Luma Luckensly !

Catégories : Culture

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