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Il suffit de l’entendre qu’une fois pour le répéter plus d’une fois !

Petit, se proférer une telle injure était une offense mais au fur et à mesure que l’on grandit, elle ne veut plus rien dire tellement qu’on s’y est habitué.

Ce n’est plus un secret pour aucun, logiquement cette expression devrait être la plus citée du pays. Elle ne tarde pas à s’inscrire dans la boîte à mot du petit haïtien et s’avère être un slogan qui ne finit jamais. S’il est considéré comme irrespectueux pour certains, c’est en effet tout le contraire pour bien d’autres. Son utilisation est plutôt diversifiée, qu’il s’agit d’un état d’ivresse, de mécontentement ou même de joie, elle s’annonce parmi tous les registres.

Mais connaissez-vous l’origine de ce juron que vous vous plaisez tant à entendre ou à proférer ?

L’époque coloniale a duré au-delà de trois siècles et cette expression comme pour beaucoup d’autres doit son origine à cette période. Sachant que le créole a été une imitation grotesque de la langue de nos colonisateurs français, nous ne pouvons manifestement nier cette forme d’appartenance ou du moins de ressemblance.

Pour se communiquer, l’esclave n’eut pas d’autre choix que de plagier tout ce qu’il entendait sortir de la bouche des colons, n’accordant que peu d’importance à la forme et à la prononciation du mot. Du moment qu’ils se comprenaient entre esclaves, le vrai sens passait en second plan.

Aujourd’hui, sa définition serait que la personne qui se la reçoit aille forniquer avec sa mère mais pour mieux cerner l’origine de cette fameuse insulte, plusieurs théories s’affrontent mais nous n’en citerons que deux :

D’une part, certains en font état de «Guette ta mère» qui serait a fortiori la vraie formulation de l’expression. Dépendamment du contexte, elle peut signifier «Surveille ta mère». ou «Attends ta mère». Vu que le colon pouvait le dire sous un ton sarcastique, l’esclave était donc persuadé qu’il s’agissait d’une injure. Étant donné qu’il sait que mère voulait dire manman dans sa langue, il finit par tout traduire en ce terme tant d’usage aujourd’hui.

D’autre part, l’expression ferait allusion à la déformation d’une menace ou d’un terrible avertissement à l’époque esclavagiste où les Européens terrorisaient des hommes, femmes et enfants africains sur le continent américain. Soit «Kolon gèt manman ou» : le colon guette ta maman, c’est-à-dire lui tendre un piège.

Après avoir subi diverses variations de notre part, en passant de «Gyèt manman w» à «Kolangyèt manman w» jusqu’à la plus décriante de toutes «Zokokolangyèt manman w», cette expression a parcouru les rives haïtiennes sur toutes ces facettes.

Établissant son quartier général dans les rues, elle opère également dans les maisons et même dans les écoles parmi les plus petits qui arrivent à peine à la prononcer.

Tout porte à croire que les enfants en font usage bien plus que les adultes. D’ailleurs, dans les familles, les mères la citent très ouvertement et ceci non pour régler des comptes avec le voisinage mais bien souvent avec leurs propres enfants. C’est à se demander si elles ignorent que ce sont elles les mères. Quelles que soient les exigences, c’est une expression dont on ne peut se passer.

Même dans les lieux les plus sociables, cette expression anime presque toutes les lèvres. N’en parlons pas de certains religieux qui l’adressent même à Satan. L’expression devient tellement fréquente, à tel point qu’elle perd parfois tout son côté de vulgarité pour épouser la forme d’une simple parole de courtoisie ou d’un simple Bonjour à l’haïtienne !

Quelle que soit la manière dont elle est perçue, cette expression fait belle et bien partie de notre langue commune qu’est le créole. Elle est une injure parmi tant d’autres mais certains lui en témoignent un attachement tout à fait particulier juste parce qu’à leurs yeux, ça sonne beaucoup mieux. Comme pré-mentionné dans l’article, cette insulte s’annonce parmi tous les registres donc à nous d’en attribuer un sens !


Rédigé par Jean David Bruno !


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